08.04.10
Cinq ans de Banque dessinée
C’est en 2005 qu’Henri Moretus et Arnaud de Partz, collectionneurs de bandes dessinées depuis leur plus tendre enfance, décident de faire de leur passion leur métier en ouvrant une salle de ventes dédiée exclusivement au 9e art. Ils comblent ainsi une lacune dans un paysage belge marqué par la bédé mais dépourvu de toute structure spécifique. Un comble pour le pays de la BD qui voyait régulièrement ses héros s’échanger outreQuiévrain… pour quelquefois revenir au pays !
Success story
Bruxelles est donc choisie comme siège de la Banque Dessinée qui y organise sa première vente en 2005, à l’aube des grandes vacances.
Cette petite structure unique par sa spécialisation fera très vite parler d’elle. C’est que les résultats sont au rendez-vous, dépassant quelquefois toutes les attentes. « Pour notre dernière vente en mars (1), nous avons eu la plupart des médias. Nous passons régulièrement en télé, à l’international aussi, déclarent en chœur les deux hommes, toujours aussi passionnés. Au début de la Banque dessinée, nous ne savions pas exactement où ça allait nous mener. Tout ce que nous savions c’est qu’il y avait un marché à prendre. » Après, c’était l’aventure… Enfin pas tout à fait puisque nos hommes connaissaient la matière jusqu’au bout des ongles – à la différence des marchands généralistes qui brassent quantité de matières différentes. De plus, ils étaient tous deux habitués à l’univers des ventes publiques : l’un d’eux avait même travaillé chez Sotheby’s, « pour apprendre l’anglais », ironise-t-il aujourd’hui !
L’exclusivité BD – jusqu’à nouvel ordre puisqu’ils laissent planer le doute sur certaines niches particulières qu’ils aborderont peut-être un jour – leur permet d’organiser 4 ou 5 ventes par an. « C’est un élément important pour le déposant car ce qui l’intéresse c’est d’être payé… rapidement », synthétise Henri Moretus tout en insistant sur le respect envers les déposants. « Nous les défendons afin qu’ils vendent le mieux possible. Par ailleurs, nous conseillons les acheteurs. Jamais nous ne les pousserons à acheter quelque chose de médiocre. Notre intention demeure d’offrir de la BD à tous les prix, accessible à tous, avec également des albums pas chers. » C’est manifestement ce qui fait le succès de la salle qui ne se cantonne pas à des ventes d’exception et qui ne voit guère de concurrence à l’horizon belge. « La concurrence, c’est la France avec Artcurial », reconnaissent-ils.
Love story
Parmi leurs coups de cœur de ces 15 dernières années, ils citent pêle-mêle : les albums de Delaby traitant de l’époque romaine, la série des « Golden City » par Pecqueur et Malfin, les « Tramp », « Le Tueur », « La Vengeance du Comte Skarbek », « L’ordre de Cicéron » par Richard Malka, la série des « Rapaces » de MariniDufaux, les « XIII », « Largo Winch » ou « Thorgal » pour le monde francophone. Tous ces noms se retrouvent quasi dans chaque vente. « Pour les planches originales, il n’y a plus de langues qui entrent en ligne de compte, poursuivent-ils. Le marché est international. Outre des Français et des Suisses, nous avons des clients qui viennent des Pays-Bas, d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne, d’Autriche même. De plus en plus de marchandises partent à l’étranger par ordre d’achat car les gens nous font confiance (…) C’est vrai que nos clients sont pour la plupart des habitués mais à chaque vente, nous découvrons une petite trentaine de nouvelles têtes. »
N’empêche, pour se faire mieux connaître et apprécier, les deux marchands réclament plus de place pour la BD dans les médias. « On parle trop de cinéma et pas assez des autres formes d’art (…) La Belgique devrait se doter d’un grand musée de la BD fédérateur de toutes les petites initiatives menées à gauche et à droite. » Quant aux festivals, l’humeur est tout aussi maussade : « Il y a quantité de mini-festivals en Belgique, mais le premier festival est à Angoulême alors qu’il devrait être en Belgique. »
(1) Lors de cette vacation, une édition originale de Tintin au pays des Soviets s’est vendue… 28.800 euros alors qu’elle était estimée entre 12 et 15.000 euros !